Elements pour une autre histoire du Rojava (1) : podcast sur l'histoire de la création du Rojava
A noter : tout ce qu'on dit et partage ici sert à nourrir la réflexion sur le Rojava et sur la question de l'intervention dans les mouvements anti-impérialistes. On ne pense donc pas forcément avoir absolument raison, ni que les documents qu'on partage sont exempts de défauts ou d'angles morts. On veut surtout proposer une matière qu'on ne voit pas beaucoup tourner, mais qui demande à être critiquée et complétée par les réflexions collectives.
On part de deux constats. D'une part, on a l'impression que les lignes autonomes ou critiques de ce qui se passe au Rojava sont trop peu existantes et qu'on ne sait plus bien quoi faire quand ont lieu des massacres du capital comme celui d'HTS à l'heure actuelle. De plus, on pense qu'il est important de réfléchir à la question de l'intervention dans les mouvements “anti-impérialistes” de façon générale. Il nous semble en effet qu'ils peuvent contenir des potentialités révolutionnaires. Mais, comme pour un mouvement social encadré par les syndicats, l'enjeu est de trouver les propagandes et les formes d'action permettant d'entrer en rapport de force avec l'encadrement léniniste.
C'est dans l'optique de participer à la recherche de ces modes d'intervention qu'on vous propose cette “série” sur le Rojava
Voici un podcast d'une heure sur l'histoire de la création du Rojava, les agissements du PKK et les dynamiques du PYD durant la révolution syrienne. Tous les termes sont expliqués dedans, il est plutôt clair et bien fait - malgré dix premièrs minutes pas ultra bien montées.
https://spectremedia.org/podcast/guerre-revolution-et-contre-revolution-au-rojava-et-en-syrie-mythes-et-realites-1re-partie/?episode=2000
Chacun.e se fera son idée. On tient à rappeler que nous concernant, appeler “révolution” un processus qui lie une ethnie à un territoire, un parti et une administration est se mettre du côté du problème. Tous les indicateurs au Rojava semblent clairs pour indiquer qu'il s'agit d'une révolution bourgeoise, en vue de la construction d'un Etat-Nation. Un Etat Nation “de gauche”, démocratique au possible et même “sans Etat” d'après les membres du PYD eux-mêmes... Bon. Les dernières inventions rhétoriques ne manquent pas de panache. Dans tous les cas, c'est un Etat quand même.
Nous ne voulons pas mettre un signe égal entre le Rojava et HTS, entendons-nous bien, de même qu'on en mettrait pas entre Mélenchon et Le Pen, mais nous voulons rappeler malgré tout une évidence : la démocratie de gauche reste une horreur, basée sur l'exploitation. Si nous tenons à nous emparer de la situation, ne serait-ce que parce qu'il est possible que des luttes pour ça se développent ici, et si nous voulons affirmer une ligne révolutionnaire contre les massacres en cours, cela ne peut se faire qu'en prenant en compte que les habitant.e.s du Rojava sont non seulement victimes de HTS mais de leur propre bourgeoisie “révolutionnaire”.Tout comme les gazaouis sont à la fois victimes de l'Etat génocidaire et colonial d'Israël et de la bourgeoisie du Hamas : l'impérialisme et le colonialisme n'empêchent pas l'oppression et l'exploitation en interne, point important que les concepts comme “l'anti-impérialisme” tendent à évacuer ou à mettre au second plan répétitivement.
Au delà de la question de la ligne idéologique, dont on pourrait nous dire qu'on s'en care vu l'urgence de la situation, tout ça a des conséquences en termes d'action. Il n'est en effet pas du tout pareil de “construire un mouvement de solidarité pour faire pression sur les Etats” et de “récolter des fonds pour la révolution - aka l'organe politico-militaire du PYD” ; ou de construire la lutte prolétarienne directement contre ce qui fait le malheur de nos frères et soeurs de classe : à savoir l'existence d'HTS en premier lieu et du Rojava en second lieu - et donc, par extension, l'existence de tous les Etats et capitaux ayant des intérêts dans la région. Un cas pousse à se placer sous l'égide des “bonnes bourgeoisies” qui voudront bien intervenir et avancer leurs propres pions, l'autre consiste à s'opposer à toutes les bourgeoisies, en tant qu'elles vont refuser le blocage de la production de la guerre et des profits – économiques ou politiques - qui vont avec.
Notons qu'on ne nie pas que la situation est complexe. Oui, le projet étatiste du Rojava est en train d'être attaqué par HTS qui ne compte pas laisser une partie des ressources et de la plus value potentielle de son territoire à une autre bourgeoisie. Dans cette affaire, des prolétaires souffrent et meurent, et il est à parier que les Kurdes n'ont aps grand-chose à espérer sinon une nouvelle racisation-prolétarisation accrue au sein de la Syrie d'Ahmed Al-Sharaa, sans parler du patriarcat dont les formes y seront sans aucun doute bien plus violentes. De même, on ne nie pas non plus que la situation avant la révolution Syrienne y était difficile et oppressive à bien des égards. Enfin, l'organisation patriarcale des tribus avant la “révolution” rojavienne est un point souvent évoqué par les soutiens au Rojava, qu'on ne peut pas laisser de côté.
Tout cela doit prendre le temps d'un développement. Mais ce qui nous pose problème est que ce développement devient toujours chez les Léninistes la défense absolue du projet étatiste le “moins pire”, et que ce projet s'appelle chez eux révolution ou socialisme. De notre côté, on affirme que si le fascisme, la démocratie et le léninisme ne se valent pas, ils font tous partie du problème : le projet le plus démocratique et le plus multiethnnique, s'il est capitaliste, nourrit le racisme et le patriarcat. On trouve aussi que l'exploitation et l'étatisme sont trop rapidement évacués par les défenseurs du Rojava, comme si ce n'étaient pas des points fondamentaux de l'oppression. On voudrait que la complexité et l'horreur de la situation puissent être abordées depuis des bases prolétariennes et anti-autoritaires, au lieu que la réflexion ne puisse s'incarner que dans le soutien sans faille au PYD.
Que faire ?
Pendant le peu de temps qu'a duré l'intérêt des médias pour Gaza, la mise à mal de la machine de mort israélienne s'est faite via l'organisation directe de la classe à travers la planète. Si les actions tentées étaient dans leur ensemble extrêmement diverses, plusieurs ont porté les marqueurs d'une ligne prolétarienne réelle. Les blocus de dockers en Italie ou les boycott a l'échelle internationale, par exemple, ont été des exemples fondamentaux. Il nous semble à cet égard que le mouvement de lutte en solidarité avec le prolétariat palestinien contenait dans ses formes, sinon dans sa force et son intensité, une potentialité révolutionnaire à l'échelle mondiale. En effet, les actions portées contre la production du génocide n'auraient pu qu'aller vers une chose, la seule dont la conséquence puisse être l'arrêt de la machine de mort : le démantèlement de l'Etat d'Israël, dont l'économie est indissociable de sa situation coloniale. Or ce démantèlement ne peut arriver seul : pour avoir lieu, il implique dans le processus la destruction des diverses bourgeoisies et de leurs Etats, puisque les populations doivent pour arriver au but vaincre les intérêts de leurs propres maîtres. La machine génocidaire a en effet des intérêts partout, et il est évident pour celles et eux qui luttent qu'il ne s'agit pas non plus de permettre à un autre impérialisme de mettre en route ses propres massacres. L'anti-étatisme, au delà d'une ligne, est donc la pratique qui découle de la lutte contre l'impérialisme, quand l'action de classe s'approfondit.
Globalement, cela est vrai partout : tout pays ayant atteint une puissance suffisamment importante pour s'engager dans une phase impérialiste ou coloniale sans être arrêté par d'autres États - qu'ils n'en aient pas la force ou pas les intérêts - ne peut être arrêté que par la révolution mondiale. Les situations impérialistes font ainsi émerger la logique capitaliste et sa seule alternative de façon nue : communisme-anarchisme ou barbarie, démantèlement des Etats ou génocides et colonisation, destruction de l'exploitation ou destruction des prolétaires dans le fascisme et les guerres bourgeoises. C'est pourquoi, dans le temps même où elles émergent et agissent, ces situations impérialistes portent en elles la possibilité de leur destruction définitive. Le prolétariat ne s'y trompe pas quand il affirme par les actes que la seule forme de solidarité possible est la lutte contre la production du capital.
Face à l'horreur actuelle, il apparaît que nous sommes nombreux.e.s à travers le monde à espérer un regain de puissance de la lutte contre l'impérialisme : la question de savoir comment ces mouvements naissent, et quel peut être là-dedans le rôle des militant.e.s anti-autoritaires, est évidemment au coeur de nos préoccupations. En effet, si on ne veut pas donner à l'autonomie plus d'importance qu'elle n'en a, on estime pour autant qu'il est impératif de ne pas laisser le cours des choses se faire sans y porter une action anarco-communiste.
Nous voulons faire l'hypothèse que dans la séquence à venir, si un mouvement devait émerger pour le Rojava ici du fait des attaques d'HTS, il porterait potentiellement des possibilités révolutionnaires, mais à certaines conditions seulement. Une partie de ces conditions nous échappent. D'autres doivent pouvoir être réfléchies en amont. Il serait notamment impératif que notre classe décide de porter la lutte contre l'industrie de la mort directement et refuse toutes revendications pour une “intervention”. De même, il faudrait pouvoir dégager des lignes clairement anti-étatistes qui sans être caricaturales, pourraient montrer en quoi le Rojava n'est pas plus une solution que ne l'ont été aucun état “démocratique” ou “socialiste” dans les mouvement tiers-mondistes du siècle dernier. Pour essayer de le formuler clairement : l'enjeu d'un prochain mouvement serait de savoir à quel point il peut s'engager dans la voie de la lutte directe et autonome de la classe contre le capital, au lieu de devoir se positionner seulement au sein de l'affrontement - réel - entre capitalisme libéral-réactionnaire et capitalisme social-léniniste. C'est dans ce sens qu'une intervention militante pourrait d'après nous trouver à faire sens : en construisant une analyse qui parvienne a articuler de façon pertinente ligne autonome et lutte contre l'impérialisme, et en allant de là porter la contradiction à l'encadrement léniniste de la lutte, pour se joindre aux désirs ou aux actions de dépassement déjà en cours.
On ne savait pas trop quoi mettre comme image... On se dit qu'on mettra sur cette série une suite d'affiches ou photos qui font émerger d'après nous les contradictions à l'oeuvre, par exemple ici : la représentation “anarco-étatique”, “militaro-révolutionnaire”, “féministe-éxotisante”... La propagande poussée là-bas comme ici est en effet assez intéressante.
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